dimanche 8 septembre 2013

Voir sans être vu - Le Grêlé au révélateur

C'est la démarche d'enquête de Carine Hutsebaut, justement mise en images par Thierry de Lestrade dans le documentaire "Qui a tué Cécile Bloch ?" qui m'a amené à m'intéresser au Grêlé.

J'ai également lu l'ouvrage "Il rôde encore parmi nous" qu'elle a écrit en collaboration avec Serge Garde, un livre très instructif et complémentaire au film.

Il rôde encore parmi nous de Carine Hutsebaut et Serge Garde, Seuil, 2004, 233 pages.

Souhaitant approfondir cette série d'affaires non résolues, j'ai également visionné le numéro de "Non Élucidé" qui y fut consacré. L'occasion de découvrir qu'une petite communauté se retrouvait sur le forum de l'émission. Un des intervenants y a d'ailleurs démontré qu'une des lettres attribuées au Grêlé était en fait un plagiat de Diderot. Des courriers envoyés en 1987 à des jeunes filles qui furent abordées par un inconnu d'une manière singulière, laissant présager une possible connexion avec ce serial killer.

Précisément, je me suis attardé sur ces lettres, y voyant la porte d'entrée possible d'une piste de recherche jusque-là inexplorée.

Page 127 de l'édition française du livre de Carine Hutsebaut et Serge Garde, il est écrit :

"Pourquoi a-t-il abordé Camille avant Jeanne ? Probablement parce qu'elle rentrait la première. Et Jeanne ? Il a profité de l'occasion, dans le hall. Comment connaît-il les noms, prénoms et adresses de ces deux jeunes filles ? Comment sait-il qu'elles sont amies ?"

J'ai pour ma part travaillé sur une hypothèse, pas évidente au premier abord, mais assez troublante lorsqu'on l'approfondit.

Prenons le cas d'une écolière, d'une collégienne ou d'une lycéenne.

Je me suis demandé quelles pouvaient être les personnes qu'une écolière serait susceptible de croiser, ne serait-ce qu'une journée durant son année scolaire, et avec qui elle pourrait discuter dans la rue, même des mois plus tard, sans être effarouchée car elle les reconnaîtrait aisément.

Cette réflexion m'est venue notamment en m'intéressant à l'affaire Sabine Dumont dont on a retrouvé le corps dans une hyper proximité géographique avec le lieu du viol d'Ingrid. Parallèle très étonnant, même à sept ans d'écart, qui pourrait laisser envisager un rapport de complicité entre les deux agresseurs dotés d'un ADN différent.

On peut penser en premier lieu au personnel d'encadrement comme les pions ou les surveillants de cantine et on peut raisonnablement supposer que ces pistes de recherche seraient naturellement et assez rapidement suivies par les enquêteurs.

Intéressons-nous à présent à des personnes moins évidentes et donc moins susceptibles de faire l'objet d'une enquête. Notamment parce qu'elles se seraient retrouvées en contact avec l'écolière seulement une demi-journée voire même une heure.

On peut distinguer dans ce cas :

- là encore un pion / surveillant de cantine mais en vacation courte et qui pourrait avoir accès à l'adresse de l'élève via le carnet de liaison.

- un professionnel de la médecine scolaire qui effectue la visite médicale annuelle. Dans nombre d'académies, ces personnes tournent dans divers établissements sans être rattachées à aucun. Cette hypothèse est intéressante car elle peut potentiellement donner accès à l'adresse d'une patiente via le carnet de santé.

Je fais ici un premier bilan d'étape. Le pion / surveillant de cantine à l'année ou en vacation courte comme le médecin scolaire matchent dans l'affaire Sabine Dumont mais pas pour Camille et Jeanne qui n'ont pas reconnu leur agresseur.

C'est là que m'est venue l'idée du photographe scolaire



Dans le cas de Sabine Dumont, la séance de la photo de classe qui a lieu chaque année, aurait pu permettre au photographe de nouer un contact et susciter l'intérêt de la petite fille. En parlant par exemple avec elle de sa passion pour la peinture. Dans cette même affaire, un élément plus que bizarre interpelle. La disparition - constatée le lundi suivant le samedi de l'enlèvement et le dimanche de la découverte du corps - des photos exposées dans la cour de l'école et consacrées au cross local auquel avait participé Sabine quelques temps auparavant. Interrogée dans le numéro de "Non Élucidé" consacré à l'affaire, l'institutrice insiste sur le fait que les photos disparues avaient été faites, non pas par un photographe attitré, mais par divers parents. Leur disparition étonnante et concomitante laisse toutefois penser qu'une personne présente ce jour-là le long du parcours du cross, et se sachant photographiée, a décidé de les voler pour masquer sa présence. Je me suis alors demandé si cette personne n'aurait pas pu être un photographe institutionnel, assistant au cross non pas pour l'école mais pour une association, une mairie ou le conseil général qui aurait participé à l'organisation de l'évènement.

Cette hypothèse, intéressante là encore pour le cas de Sabine Dumont, ne matche pas à première vue pour Camille et Jeanne qui n'ont pas reconnu leur agresseur.

En revanche, si on pousse un peu plus loin cette piste, elle devient très intéressante. Ainsi, une personne tout à fait susceptible de connaître les noms, prénoms et adresses de Camille et Jeanne, de savoir qu'elles sont amies sans jamais les avoir rencontrées précédemment, serait le technicien photo, le laborantin chargé du développement de la photo de classe et de son expédition au domicile de chacun des élèves photographiés.

Quant on observe la prévalence de la photographie dans les marqueurs matériels, sociaux et géographiques autour des crimes du Grêlé, cela m'a intrigué. En m'intéressant davantage à cette piste, j'allais découvrir des correspondances pour le moins surprenantes !

2 commentaires:

  1. Bonjour,

    Bravo pour ce blog. Ce dossier criminel mérite effectivement une plus grande médiatisation. Il serait intéressant de savoir ce qu'a donné la racherche d'ADN "familial" lancée par le juge Caddéo en 2012.

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    1. Merci Ryan :)

      La recherche d'ADN "par parentèle" sur laquelle certains se reposaient n'a rien donné. Un autre juge d'instruction vient d'être nommé. Gageons qu'il aura à coeur de mener une enquête active.

      Comme le soulignent pertinemment Corinne Herrmann ou Jean-Marc Bloch, la recherche par ADN peut constituer une aide utile à la résolution d'une affaire criminelle mais ce n'est pas une fin en soi. Elle ne doit surtout pas amener les enquêteurs (police, gendarmerie, juges, avocats, médias) à s'exonérer d'un travail de terrain et d'exploration de nouvelles pistes.

      L'affaire Elodie Kulik a ainsi été la triste illustration d'un dossier qui aurait pu être résolu alors que le principal suspect était encore vivant, si certains enquêteurs avaient correctement analysé les témoignages accablants qu'ils avaient en leur possession, bien des années avant que l'ADN ne finisse par parler.

      http://www.sudouest.fr/2015/02/22/le-tueur-au-visage-grele-court-toujours-1837439-4693.php

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